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ANGLETERRE

 

L’Angleterre est à la croisée des chemins en ce début de XIXe siècle . Puissante éminemment commerciale et coloniale, elle souhaite garder son hégémonie sur la vie politique internationale et son influence sur les évènements continentaux .Après la perte des colonies Américaines, Pitt le second s’était imposé comme le leader politique du pays . Dans un premier temps sur la défensive face à une Chambre des communes rétive, il se révéla grand politique, financier averti et surtout homme de froide résolution et inépuisable moteur de l’énergie nationale . Energie nationale essentiellement dirigée contre la France .

Hérault d’une bonne partie de la noblesse et des grands commerçants, William Pitt préfère et de loin une France Bourbonienne à laquelle on pourrait faire payer le retour de son Roi et qui laisserait ainsi les coudées franches, hors Europe, à l’Angleterre .

A son avènement, Bonaparte, fit des offres de paix au roi Georges III . Pitt répondit que la condition essentielle en serait la restauration des Bourbons . Mais Fox (whig) y puisa des arguments en faveur de l’ouverture de négociations . Résumant la position des whigs, Sheridan considérait que la France avait changé en Brumaire . Le premier ministre, embarrassé par la maladie de Georges III, usé par dix sept années de pouvoir, ébranlé par le traité de Lunéville entre la France et l’Autriche, mis en minorité sur une question de politique intérieure (l’émancipation des Catholiques) et violemment attaqué par ses adversaires Fox, Sheridan, Bedford et Holland, quitte le gouvernement le 05 février 1801 . Peu de temps après avoir échappé à une tentative d’assassinat perpétré par le sous-officier Hatfield .

La chute de Pitt provoque aussi celle de son allié Grenville et un fort remaniement ministériel .

Avec l’avènement d’Addington, l’Angleterre, affaiblie par cette crise interne et par son isolement, puisqu’elle se retrouve quasiment seule face à la France de Bonaparte, doit, également, faire face à de graves difficultés intérieures : Un début de famine du à la faible récolte de 1800, le peu de rendement de l’income tax et l’alourdissement de la dette qui s’y trouvait liée .

Sur le continent, les neutres, sous l’influence prépondérante de la France, ferment leurs ports au commerce Anglais et le Portugal, " la succursale économique de l’Angleterre ", est vaincu par l’Espagne, alliée de la France . Heureusement, la Navy veille (malgré les déplorables révoltes de Spithead en 1797) et, grâce à Nelson, remporte une brillante victoire contre le Danemark . Ce succès permet de briser la " Ligue des neutres " . Dans le même temps, le Tsar Paul Ier, assassiné, cède la place à son fils le Tsarévitch Alexandre beaucoup plus favorable aux intérêts anglais que son père qui, ayant conclu une alliance avec la France, s’apprêtait à lancer 20 000 Cosaques sur les Indes… !

Grâce à ces succès, la position de la Grande Bretagne apparaissait meilleure et Addington s’engagea dans des négociations avec la France . Londres accueillit avec enthousiasme, en octobre 1801, les préliminaires de paix .

Finalement, après de longs pourparlers, la paix définitive est signée à Amiens le 25 Mars 1802 entre Lord Cornwallis, plénipotentiaire du gouvernement Anglais et Joseph Bonaparte représentant du Ier Consul de France . Pour schématiser, l’Angleterre domine les mers tandis que la France à la main mise sur le continent Européen .

Mais la paix avec une France ambitieuse héritière de l’hydre révolutionnaire est délicate à mettre en œuvre ! La difficulté à définir une politique d’intérêts communs avec ce pays en tenant compte des désirs des commerçants Anglais et du développement récent des manufactures Françaises est bien réelle ! De plus, grande est l’interrogation de savoir si le marché Français va s’ouvrir au commerce anglais et si le Premier consul va rétablir l’ancien traité de libre-échange .

Et puis Pitt n’a pas désarmé, tout comme les nombreux émigrés présents à Londres …

Disons que les Anglais apprécieront la paix à sa juste valeur, si les Français ne cherchent point à en tirer parti , avec le développement des colonies, des produits de luxe et de leurs flottes marchande et militaire !

Et puis, la mer à tout le monde n’est pas une notion facile à partager !...Et il semble bien que la caste affairiste et le courant impérialiste de la chambre soient déterminés à ne pas céder " …pour conserver cette puissance maritime, que par les faveurs spéciales de la providence, sa Majesté tient de la valeur de ses peuples… "…

Les amis de Pitt, Wardham, Grenville, Dundas, et derrière eux les grands marchands continuent à faire pression sur Addington afin de soutenir les opposants au régime Bonapartiste . Ainsi, " l’Etat major de la Vendée et de l’émigration " (composé du Duc de Berry, du Comte d’Artois et du Prince de Condé) est il toujours bien présent à Londres où Cadoudal se voit reçu au mieux . Les attaques des journaux anglais, soutenus par le principe de la liberté de la presse, sont incessantes et les princes émigrés accueillis presque officiellement, chose dont Bonaparte, peu porté à l’humour, à la faiblesse de s’irriter .

Autre pierre d’achoppement aux éventuelles bonnes relations franco-britannique, l’évacuation de Malte par l’Angleterre, sans cesse ajournée . Ce véritable abcès de fixation est devenu un enjeu plus que symbolique entre les 2 nations que semblent séparer des conceptions radicalement différentes de la puissance et du rayonnement international et qui laissent à entendre que le tout récent traité d’Amiens pourrait bien n’être qu’une fragile victoire . Victoire de la raison et de l’opportunisme d’une part sur des éléments voués à l’affrètement et à la Bourse et, d’autre part, sur une ambition dont chaque remous pouvait faire supposer l’escalade .

De fait, la paix d’Amiens paraît fort précaire …

Addington reste à la merci de son opposition (les élections de 1802 ayant été plutôt favorables aux whigs), bien sur, mais aussi de la branche dure (ou belliciste) de son propre parti Tory, menée par Pitt et Grenville . Il se doit de garder Malte et Alexandrie et de tout faire pour éviter le développement commercial Français .

 

Sur le plan intérieur, l’Angleterre est parcourue par divers courants qui apparaissent comme contradictoires ;

Le mouvement wesleyen et le réveil de l’Eglise méthodiste d’une part, la révolution économique avec ce qu‘elle peut présenter de difficultés sociales et de bénéfique et exaltant pour le pays d’autre part !

Tellement de choses sont en décalage les unes par rapport aux autres !

Les Aristocrates viennent de faire voter en quelques années des lois agricoles vraiment réformistes : Remembrement et agrandissement des terres, adoption de méthodes scientifiques de culture, rendements accrus .

Du coup, tout un prolétariat, libéré par la disparition d’une classe rurale intermédiaire, déferle vers les villes . Cela coïncide avec les progrès industriels et mécaniques, permis par l’intelligence et le sens des affaires anglais, en avance d’un demi siècle sur tous les autre états . La multiplication des broches et l’adoption (dès 1785 !) du métier mécanique : et voilà le tissage anglais roi !

Il serait pourtant inexact de parler d’une véritable révolution industrielle . Le mouvement, entamé depuis le milieu du XVIIIe siècle est plutôt placé sous le signe d’une lente évolution . Parallèlement à cette croissance de l’industrie, des changements très importants se sont opérés dans les systèmes de production agraires .

En 1800, l’Angleterre reste un pays agricole où les frontières entre société industrielle et société agraire sont assez mal définies . Par exemple, bien des produits " manufacturés " ne sortent pas des grandes usines, mais des chaumières où subsiste une tradition du travail à domicile . La base des grandes industries, comme celle de la laine, se trouve plutôt dans les villages et non pas dans des " grandes villes ", qui, de fait, n’existent guère . Les villes françaises, par exemple, sont bien plus importantes et bien plus peuplées que leurs homologues anglaises . Seules cinq villes (contre 13 en France) comptent plus de 30 000 habitants, dont les deux grandes bases navales de Plymouth et Portsmouth .

Le dernier recensement de 1801 ayant répertorié 8 . 872.980 habitants, on réalise combien l’habitat rural y est prépondérant . L’absence de bon réseau de communication ayant retardé le développement des villes, les nouvelles routes servant essentiellement encore à transporter plus rapidement courriers et passagers . Aucune amélioration sensible ne se manifestait non plus dans les transports lourds, totalement dépendants du réseaux de canaux aménagé à la fin du XIXe siècle ET pénalisé par la topographie du pays et la tendance des propriétaires des voies à abuser de leur monopole .

Si l’Angleterre est considérée comme le premier pays " industrialisé ", c’est avant tout grâce à son commerce . En ce domaine, sa position est dominante, fondée à la fois sur sa capacité à produire, sur sa puissance maritime et sur un système financier très évolué et très flexible et qui, malgré l’endettement important du pays, permet de financer les guerres . Quantité de petites banques locales assurent le mouvement des capitaux dans les régions et la confiance fiduciaire permet la bonne circulation des lettres de change . La Banque d’Angleterre dominait et soutenait les transactions au plus haut niveau et se trouve également chargée du service de la dette nationale . Une telle sophistication financière n’est pas fortuite . Elle constitue la réponse aux besoins des marchands et des entrepreneurs, qui n’existeraient pas sans un large marché pour leurs produits .

Là est la clef de voûte de l’économie anglaise ! Car cette vigueur économique et industrielle, s’appuie sur un réseau commercial et bancaire s’étendant aux limites du monde connu . Et elle dispose, ainsi, de marchés, surtout outre-mer, et des moyens pour les utiliser .

Les territoires Anglais sont situés dans toutes les régions du monde ! Avec la maîtrise de l’Inde par éviction de la Compagnie Française, l’occupation des domaines Hollandais d’Afrique du Sud, la domination du Canada, des Antilles et les premières installations en Australie …

Déjà, l’économie Anglaise fournit ses clients de l’Europe du Nord et du centre ou des régions méditerranéennes en produits sidérurgiques ou textiles à bon marché, autant qu‘elle s’approvisionne en matières premières, bois, chanvre, minerais, denrées alimentaires…

Trafic de même nature avec les pays tropicaux, à cette différence près qu’il s’agit de produits exotiques comme le thé, le café, le cacao, le sucre, le rhum, le coton, l’indigo et les esclaves .

Tout ce flux s’étend, par delà les colonies anglaises, jusqu’à celles des autres nations ! Ces dernières sont pourtant quasiment toutes, protégées par le principe de l’exclusif, mais cernées par une contrebande insidieuse, inlassable et insaisissable ! Le pavillon Anglais est partout . Seule brèche dans ce réseau mondial ; les Etats-Unis, émancipés depuis plus de vingt-cinq ans, mais qui n’en mènent pas moins de fructueuses relations commerciales avec l’Angleterre .

Mais il serait réducteur de penser que les seuls vecteurs de croissance et de bien être économique se trouvent à l’extérieur . La structure hiérarchique de l’Angleterre est très marquée par l’esprit de concurrence et une grande mobilité sociale, contrairement à presque tous les autres pays européens . L’idée d’émulation sociale affectant presque toutes les couches d’une population croissante a permis de créer un marché sûr à l’intérieure même du pays . Nombre de politiciens et théoriciens (de votre parti et de la tendance impérialiste, notamment) ont vite compris que l’exemple d’une telle société désignait le type de comportement à avoir et d’armes psychologiques à utiliser pour assurer la prédominance du pays . Pour que le commerce vive, il fallait que le luxe du superflu se transforme en nécessité et qu’on s’efforce d’exporter l’idée aussi bien que la marchandise .

Mais, paradoxalement, le succès et l’expansion rapide de tous les entrepreneurs anglais a crée une situation où le marché intérieur ne suffit plus pour absorber les produits ; les exportations devenant vitales pour assurer l’écoulement des surplus . Pour l’instant l’essor d’une société de consommation sur le continent permet à l’économie Britannique de se porter à merveille .

Paradoxalement, cette révolution industrielle, commerciale et économique n’est absolument pas suivie de la même révolution politique et sociale ! La moitié des terres du pays appartient à quelque mille familles ! Le propriétaire est parfois un grand seigneur de la haute aristocratie, mais la plupart de ceux qui dominent les comtés appartiennent à la noblesse moyenne . Ces " country gentlemen ", à moins qu’ils ne fussent membres de la chambre des Communes, évitent, le plus souvent, tout contact avec le monde et ne s’occupent que de politique locale . De fait, ils jouent un rôle capital dans le développement de l’agriculture et l’amélioration des terres . Tout en laissant à la haute noblesse le la politique nationale …

La corruption électorale la plus raffinée, symbolisée par le système des " Bourgs pourris ", maintient le pouvoir effectif aux mains d’une caste étroite, fermée, bornée, hautaine et inculte ! Le puritanisme le plus sectaire allant de pair avec des étonnantes débauches secrètes, règne à la cour et dans les hautes sphères . Il engendre, par contrecoup l’abêtissement d’un " bas peuple " maintenu dans la misère et l’analphabétisme . L’absence totale de classe moyenne condamne l’Angleterre pour longtemps, à un certain déséquilibre . C’est vraiment encore Old England, qui ne veut en aucun cas de " l’héritage " de la révolution Française avec ses notions de liberté et, surtout d’égalité !

Pourtant, l’Angleterre ne se trouve pas dans une brillante situation ni politique, ni dynastique . Pitt a d’abord cru que la Révolution française serait bénéfique à l’Angleterre qui ne pourra que profiter des dissensions intérieures de sa rivale . Mais l’Angleterre, moins peuplée que la France et pauvre en soldats n’eu d’autres moyens que de subventionner largement les coalitions continentales . La dette publique a augmenté de 340 millions entre 1793 et 1802 . Par ailleurs, Pitt a eu à faire face à une crise intérieure avec le soulèvement de l’Irlande, mais a réussi à faire voter par le parlement irlandais sa propre dissolution . Cependant, il a réalisé l’intégration politique de l’île dans le Royaume-Uni par l’Acte d’Union en 1800 . Mais il estime que cette mesure est inséparable d’une émancipation des catholiques irlandais : le roi George III s’y est opposé : Pitt a dû donner sa démission en mars 1801 et l’on connaît la suite….

Georges III, après quelques quarante ans de règne est maintenant effacé . Ses velléités d’autoritarisme, matinées de fraudes électorales et de corruption (le cercle des amis du Roi…) sont terminées, ou presque… Et on peut même constater, voir regretter d’inquiétantes " absences mentales " de sa Majesté … Le roi d’Angleterre est il fou ? Du moins est-ce le bruit que fait courir son fils, le prince de Galles, futur Georges IV .

Georges III, troisième roi anglais de la dynastie de Hanovre, né en 1738, a dépassé la soixantaine et est malade depuis 1788 . C’est à cette époque que son fils Georges commença, dans les clubs de Londres à donner des détails intimes sur l’état du roi, imitant ses délires et rêvant même tout haut, d’un coup d’Etat qui lui donnerait les pleins pouvoirs . Il semble bien que son fils aîné soit responsable plus que quiconque des propos calomnieux répandus sur son père .

Pour l’heure, Georges III, bien qu’ayant été moins atteint que les autres monarques par la Révolution française, n’aimait pas la France depuis que Louis XVI avait soutenu les Treize colonies devenues les Etats-Unis en 1776 . Et il considérait la Révolution comme le châtiment divin encouru par les Bourbons pour leur rôle décisif dans la guerre d’Indépendance . Cependant, le conflit avec la France avait provoqué une forte tension et les idées républicaines s’étaient répandues dans quelques cercles . Le roi fut même l’objet de quelques tentatives d’assassinat .

Si sa santé mentale n’est pas sans causer quelques inquiétudes, le roi est encore vaillant et entend bien régner comme il le doit . Nous avons déjà vu que son fils aîné n’était pas un modèle de respect filial mais, d plus, il s’avérait être un débauché impénitent que aucun scandale n’effrayait ! Marié secrètement et illégalement, en 1785 à une catholique, Mrs Fitzherbert, il vit cette union annulée et épousa, en 1795, sa cousine germaine, Caroline de Brunswick –Wolfenbüttel, laquelle ne semble pas, non plus un parangon de toutes les vertus …

 

LE GOUVERNEMENT :


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