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AUTRICHE

Les Etats des Habsbourg sont la principale puissance de l’Europe centrale . A la grande Marie-Thérèse ont succédés Joseph, puis Léopold puis vous ; François II . Les deux premiers ont imprimés à l’ensemble de la monarchie une triple impulsion : Diplomatique, Politique et Militaire .

L’action contre les Turcs à été nette, celle contre les Polonais (avec le partage de la Pologne en compagnie de la Prusse et de la Russie) aussi . L’Etat a dominé l’Eglise avec le " joséphisme " qui est allé assez loin pour instituer le mariage civil ou le divorce (aussi incroyable que cela puisse paraître dans cette Autriche si empreinte d’immobilisme !) ou redistribuer les diocèses . Ceci ayant une bien curieuse ressemblance avec ce qui vient de se passer en France (Concordat notamment) .

L’Armée s’est trouvée perfectionnée en matière d’armement et de recrutement . Solide, mais lente et lourde elle n’a pu, cependant, tenir complètement tête aux armées Françaises lors des derniers conflits !

 

L’EMPIRE  :

L’Autriche a des faiblesses inhérentes à ces réformes mêmes . Ces dernières furent particulièrement contestées en matière ecclésiastique, et plus encore à causes du tissu composite que forme les peuples constituant l’Empire . Les Hongrois, les gens des Pays-Bas (jusqu’en 1792, où ceux-ci furent occupés – puis conquis – par la France), les Italiens du Nord et les Tchèques de Bohème, les Croates et les gens du Danube n’ont aucune raison de désirer vivre ensemble une histoire qui pour être à tout le monde n’est, en fait, celle de personne ! Il faut dire que sur plus de 19 millions d’habitants, l’Empire ne comprend que 5.6 millions d’allemands, pour 3.4 millions de hongrois, 2.5 millions de tchèques, 1.8 million d’Italiens, 1.6 million de roumains ou 1.2 million de slovaques, sans même parler du million de polonais (en Galicie) ou des 2 millions d’ethnies minoritaires .

Pour gouverner et cimenter cela, les Habsbourg se sont toujours appuyés sur les trois principes suivants :

Ces familles nobles possèdent des droits immémoriaux concentrés dans les différentes diètes, lesquelles ont le pouvoir de bloquer ou faciliter l’action de la couronne . N’oublions pas, non plus, les droits propres à chaque famille tels que ; exemption de taxes, pouvoir d’administration locale, droit de justice, etc…

Toujours dans la même idée d’établir des relais locaux du pouvoir, ces familles nobles se virent confier la quasi totalité des postes administratifs, lorsque la bureaucratie se développa au XVIIIe siècle .

De fait, la noblesse se définie plus par la notion d’appartenir à une classe à part entière, plutôt qu’à une nation ou une ethnie . Et cette notion, parallèlement au pouvoir de la noblesse, n’a fait que se renforcer avec l’application de la " Pragmatique sanction " .

C’est en 1713, que l’empereur Charles VI, meurt sans héritier . Plutôt que de risquer la dislocation de l’Empire, la classe dirigeante s’entend pour co-opter la sœur de Charles, Marie-Thérèse comme Impératrice, par l’intermédiaire de ce nouvel instrument auquel on donne, ainsi, une légalité ; " La pragmatique sanction " . Par ce biais, les limites du pouvoir impérial se trouvent nettement cernées :

 

En résumant, l’Empire est composé d’une myriade de provinces soumises à un noyau Germanique, et portées à attendre un événement ou, pour être plus précis l’avènement d’un dirigeant charismatique, qui ferait sauter les verrous féodaux favorisant une aristocratie qui plane au-dessus d’un monde resté rural pour la plus grande partie .

 

UN ETAT POLICIER :

Etat rural majoritairement catholique, conservateur et dominé par la noblesse, l’Autriche redoute les effets des idées et de la propagande Révolutionnaire Française, symboles de changements….

Si la monarchie Autrichienne fut relativement favorable aux premières manifestations de la Révolution, tout changea à partir de 1792 et de votre avènement, en lieu et place de votre père Léopold II .

Né à Florence, vous avez été, jusqu’à maintenant (par éducation, mais aussi par tempérament) l’homme de la froide raison d’Etat . Ayant en horreur toutes formes de nouveautés et ne ressemblant ni à votre père ni à votre Oncle Joseph II, vous fûtes moins généreux et moins modernisateurs que les deux précédents souverains ... Plutôt débonnaire en privé, vous avez sut, au demeurant, acquérir une certaine popularité auprès des Viennois . Mais dans cette Autriche où la noblesse tient tant à juguler les nationalismes montants et à garder son rang, votre simplicité est tenue pour un déplorable exemple par toute l’aristocratie…

Le règne de Léopold II avait à peine suffit à réparer les dégâts causés par le zèle réformateur de Joseph II (le joséphisme !), que vous montiez sur le trône, tandis que les idées révolutionnaires embrasaient l’Europe et que les relations avec Paris étaient des plus mauvaises . Prince héritier encore, vous aviez déjà favorisé les forces Contre-révolutionnaires . Et ce n’était que le début de la Réaction !

Par décret Impérial du 1er septembre 1790, la censure était rétablie et le comte Pergen, ministre de la police, recevait de vastes pouvoirs ; tous les articles séditieux et " visant à répandre de dangereuses novations " furent désormais exclus des gazettes . En 1791, la police, jusqu’alors indolente et corrompue était réorganisée par vos soins . Elle eu, entre autres, pour but de surveiller les " clubs et assemblées subversives " ainsi que la franc-maçonnerie .

Une fois Empereur, vous avez renforcé encore la bureaucratie, la censure et la police, instruments de pouvoirs s’il en est ! La police traqua les partisans de la révolution . Outre votre police officielle vous utilisez les rapports de nombreux agents secrets, comme le comte Von Feldhofer, l’un de vos hommes de confiance .

Force est de dire que s’est établit un régime policier et soupçonneux, fondé sur la raison d’Etat et dont la présence tentaculaire étouffe presque la popularité réelle dont jouit la dynastie .

Car vous disposez encore de l’appui de l’opinion qui ne pardonne pas les excès de la révolution " Parisienne " (comme on le dit fréquemment) . L’exécution de Louis XVI et surtout celle de Marie-Antoinette, princesse Autrichienne, suscita, en effet, une véritable haine à l’égard de la France . Et ce d’autant la cour de Vienne, abrite un grand nombre d’émigrés Français crachant feu et flammes contre le régime héritier de l’Hydre révolutionnaire . Ces derniers attisent sans cesse le foyer alimentant le parti Anti-Français ou parti de la guerre, dirigé par l’ex-principal ministre ; Thugut .

Bien des esprits, naguère favorable à la Révolution, rallièrent spontanément le point de vue gouvernemental .

Seule la Hongrie, une fois encore, se singularisa, une partie de la noblesse étant mécontente de la réaction déclenchée par le nouveau souverain . En 1793, intellectuels radicaux et nobles patriotes commencèrent à comploter dans les assemblées de comitat, mais c’est l’année suivante que, sous l’impulsion de Martinovics et Hajnoczy, eu lieu ce dont toute l’Autriche se souvient encore avec horreur comme le " complot des Jacobins " . Découvert au cours de l’été 1794, à Vienne, ce complot aurait, à la faveur d’un grand incendie, tué l’Empereur et renversé la monarchie ! Des notables (dont le jeune comte Hohenwart, âgé de 17 ans et neveu de l’archevêque de Vienne) furent arrêtés et la répression, très sévère, servit d ‘exemple . Le " procès des Jacobins " fut la source des rumeurs les plus folles (exécutions nocturnes de prisonniers politiques, participation des Francs-maçons à la tentative de révolution, entre autres) . Pour finir, 7 conjurés dont Martinovics et Hajnoczy, sont exécutés le 20 mars 1795, ce qui frappa les imaginations . Les mouvements Hongrois (celui de la noblesse réformiste dont le but est l’accession de la Hongrie à l’indépendance et celui des démocrates, prônant la révolution sociale et la réforme agraire), sont décapités et cette répression marque férocement les esprits .

 

 

LES AFFAIRES EXTERIEURES :

Jusqu’au traité de Lunéville (1801), la guerre avec la France domine la vie intérieure et diplomatique Autrichienne Après Campo-Formio, le chancelier Thugut était convaincu qu’aucune paix honorable ne pouvait être conclue avec la France révolutionnaire et qu’elle ne pouvait être obtenue que par les armes, car la soif de conquête des Français était illimitée . C’est pourquoi il négocia un rapprochement avec la Russie et la Grande-Bretagne et constitua la seconde coalition.

Thugut, il vous en a suffisamment entretenu, était conscient des faiblesses de la monarchie qu’il compare à une tour de Babel, mais il fut encouragé par un réveil de l’opinion. Il espérait reconquérir la Lombardie et confia l’armée à l’Archiduc Charles, le grand soldat de la famille . La campagne de 1799 fut favorable aux austro-russes mais ne fut pas décisive . Le retour de Bonaparte devait changer le sort des armes l’année suivante . Après Marengo, l’Italie est à nouveau perdue pour l’Autriche, tandis que les Français de Moreau sont aux portes de la Haute-Autriche . Vous vous êtes alors décidé à négocier, malgré les promesses faîtes à la Grande Bretagne de Pitt de ne pas conclure de paix séparée . Les conférences ont lieu à Lunéville, mais le succès de Moreau à Hohenlinden, lui ouvre la route de Vienne et précipite la conclusion de la paix . Et quelle paix ! L’Autriche cède la rive gauche du Rhin à la France, tandis que les princes dépossédés par la constitution des républiques sœurs de la France reçoivent la promesse de compensations en Allemagne (à commencer par l’Archiduc Ferdinand, Grand duc de Toscane, dépossédé au profit de l’Etrurie et dédommagé par le titre d’électeur de Salzbourg !) .

Ainsi, Vienne a accepté de bouleverser complètement le centre politique de l’Allemagne et de ne conserver en Italie que Venise !

Tirant les conclusions de cet échec, Thugut démissionne . Vous le remplacé à la chancellerie par Cobenzl, qui partage le pouvoir avec votre homme de confiance et grand Chambellan, le comte Von Colloredo-Mannsfeld . Vous avez toujours considéré Thugut comme un serviteur fidèle et dévoué de la monarchie, mais, aux dires des " esprits forts " qui peuplent couloirs et salons de la Hofsburg, il manquait d’enthousiasme et de volonté . S’il analysait très bien les défauts du système, il était tout à fait incapable d’y remédier . De votre point de vue, vous pensez plutôt qu’il s’est heurté à de grosses difficultés, à commencer par votre caractère rigide (que les mêmes esprits forts, cités auparavant, considère plutôt comme lent et indécis… ! !), mais aussi aux intrigues de la Cour, aux résistances de la bureaucratie et aux égoïsmes des alliés !

Son successeur, sur le plan international, Von Cobenzl, isolé par la récente paix d’Amiens doit déjà accepter et digérer les conséquences de Lunéville ! C’est à dire l’extension de l’influence Française en Allemagne, les princes Allemands, incapables de résister tentent de tirer profit de ce qu’il faut bien appeler l’effondrement du St Empire . A ce propos, il est clair qu’il va falloir faire un choix politique, soit purement et simplement mettre fin à l’existence de cette coquille vide ou s’atteler très sérieusement à restaurer ses prérogatives … L’Autriche a besoin de paix pour traiter tous ces problèmes, mais doit aussi rehausser son prestige extérieur mis à mal par les guerres de la Révolution Française .

Principal adversaire de la France Révolutionnaire, l’Autriche, bastion de la Contre-Révolution au moins aussi résolu que l’Angleterre (pour des raisons tant idéologiques que géopolitiques), est celle qui a le plus perdu lors des guerres de la fin du siècle précédent . Son influence en Italie est battue en brèche par la France et les Pays-Bas des Habsbourg ne sont plus qu’un souvenir . Mené par le Chancelier Cobenzl la politique extérieure (l’intérieur étant plutôt confié à votre homme de confiance Colloredo) de l’Empire est à la croisée des chemins . Vous pourriez et peut être même devriez vous posez en défenseur des droits de l’Allemagne face aux ambitions (d’influence à défaut d’êtres directement territoriales) Françaises et Russes voir Prussiennes, mais restez sur une prudente réserve afin de ne pas attirer la foudre sur le Danube . A dire vrai, un conflit auquel l’Autriche ne participerait point mais qui tournerait au désavantage, surtout, de Bonaparte serait sans doute plus profitable qu’une nouvelle guerre .Cependant, les velléités d’émancipation des Princes Allemands encouragées par la France sont plutôt inquiétantes pour la position, jadis dominante de l’Autriche en Europe …

En cette Allemagne dont la fonction européenne est d’assurer la liaison entre les pays de la mer du Nord et de la Baltique et l’Italie et les plaines danubiennes, l’équilibre politique a été menacé puis rompu, à partir du XVIe siècle . Successivement, l’apparition et la diffusion de la réforme, puis la sclérose d’institutions qui ne paraissent plus faites que pour la puissance des Habsbourgs et, surtout, l’avènement d’une maison puissante, celle des Hohenzollern, ont modifiés la structure traditionnelle des pays Germaniques . La Prusse est un Etat fort ancien, mais est devenue sous les règnes du " Roi sergent " et de son fils Frédéric II, que l’on appelle déjà plus que le " Grand Frédéric ", un rival qui, à côté de la lourde monarchie Autrichienne, est un modèle d’efficacité gourmande, lourde et prétentieuse .

En dehors de l’Empire proprement dit, vous êtes également chef du St Empire . Ici, en tant qu’élu (héréditaire ! !…) de la diète vous vous efforcer de mener un attelage aux multiples coursiers .

Des rois (Saxe et Prusse) voisinent avec des princes laïcs aux titres les plus divers, des évêques et archevêques aux sièges prestigieux par l’histoire et la richesse (Ratisbonne, Mayence, Cologne…) et des villes libres par dizaines, fières de leurs institutions, de leurs monuments et de leur bourgeoisie patricienne .

Champion de l’ordre Européen " d’avant 1792 " et du conservatisme à l’extérieur, vous ne devez pas perdre de vue la situation intérieure de votre vaste et hétérogène Empire .

Sur de son " bon droit " et de son héritage séculaire, la noblesse " Allemande " règne sur une masse paysanne et une bourgeoisie citadine qui commence à se sentir à l’étroit dans le carcan de cette monarchie monolithique . Inutile de préciser que les changements qu’apportent les idées de la Révolution Française sont voués aux gémonies . Au moins autant que le souvenir de l’exécution de Marie-Antoinette !

 

LA SITUATION INTERIEURE :

Oh bien sur ! Les voies de certains réformateurs (comme l’Archiduc Charles par exemple, votre si brillant frère) se font entendrent . Mais elles se perdent dans l’immense majorité de partisans de l’immobilisme Européen ! Immobilisme qui, pour ces derniers est le gage de la grandeur, voir la survie, d’une Autriche enserrée au milieu d’une Europe au sein de laquelle elle doit rester un facteur d’équilibre à défaut d’être La puissance prépondérante …

Car, malgré les réformes entreprises par vos prédécesseurs, de nombreux problèmes structurels mais aussi institutionnels restent en suspens . La sécularisation du clergé est loin d’être terminée et de nombreux prélats restent encore de véritables souverains en leur fiefs et archevêchés . Le statut de la noblesse immédiate (noblesse relevant directement de l’Empereur, le seul auquel elle doive le service militaire) reste encore nébuleux et, véritable système féodal, est un réel frein à la mise en place d’une administration et d’un Etat moderne .

Plus préoccupant peut être encore, la poussée de sève des nationalismes . Aiguillonnés par l’exemple de la Révolution Française, ces bourgeonnements donnent un certain élan à la vieille structure monolithique de l’Empire mais sont, surtout, un danger considéré comme grave pour l’équilibre de l’Autriche et de ses affiliés et allant à l’encontre de l’immobilisme ambiant

Sur le plan économique, la situation est mauvaise, malgré les efforts du Comte Von Wallis, votre conseiller financier . L’essor économique et les progrès technologiques sont lents . De plus, la perte des Pays-Bas à fait perdre à l’Autriche ses provinces les plus actives et les plus riches économiquement parlant . Les industries textile de Basse-Autriche et de Bohème semblent bien en retard par rapport aux autres producteurs Européens et même si votre industrie sucrière est en progrès, force est de dire qu’une vaste industrialisation est rendu extrêmement difficile par le manque de capitaux et la crise monétaire et financière . Crise encore aggravée par les guerres à répétition et une gestion qui, vu au faible éclairage de votre compréhension de l’économie, vous semble médiocre .

Les lourdes dépenses militaires ont du mal à êtres couvertes par les recettes provenant de l’agriculture ou de l’industrie dont la productivité est limitée . Il a donc fallu accroître démesurément la dette publique ! Et de 375 millions de Florins en 1792, à la veille de la guerre, le montant de vos emprunts culmine maintenant à plus de 450 millions ! Le comte Wallis dut donc recourir à l’introduction du papier monnaie et au cours forcé des obligations après 1796 ! La situation financière est grave et ce d’autant plus que , depuis Lunéville, l’Angleterre ne vous a plus consentit de prêts …

Socialement parlant, et même si la situation est tout à fait stable et favorable à la monarchie, ce sont les artisans, les salariés et les petits commerçants, c’est donc le peuple des villes et la bourgeoisie qui ont le plus souffert, ces dernières années, de la hausse des prix des produits alimentaires . A contrario, les producteurs ruraux ont bénéficiés de l’augmentation des prix agricoles . La turbulent e Hongrie est même en train de connaître un début d’expansion, qui masque, pour la noblesse le faible rendement de l’agriculture Hongroise . Car, en vendant des grains à l’armée et à la capitale, les aristocrates Hongrois peuvent écouler à des taux avantageux leur production et s’enrichir aisément !

Véritable éclaircie dans ce tableau (gris à défaut d’être totalement sombre !), le rayonnement culturel de Vienne, qui avec Beethoven et Haydn est la capitale musicale de l’Europe et dont le prestige est probablement supérieur à celui de Paris .

 

LE GOUVERNEMENT :

Votre gouvernement est à très forte tendance immobiliste . Cette composition semble garantir une stabilité que vous jugez indispensable . Stabilité qui permettra soit d’envisager des réformes soit de reprendre la prééminence en Europe . Tel est du moins, également, le souhait de ce gouvernement où le seul vrai réformateur ; le chancelier Von Cobenzl est réellement isolé !

 

 

 


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