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PRUSSE
La Prusse est le plus petit des grands Etats mais aussi le plus glorieux ! Sortit grand vainqueur du XVIIIe siècle, le royaume de Prusse est encore tout auréolé de le gloire du Grand Frédéric .
La puissante maison des Hohenzollern est montée au firmament des nations civilisées en tout juste le temps de deux règnes . Frédéric Ier le terrible " Roi Sergent " qui fit de l’armée Prussienne un outil quasi parfait et son fils, le brillant Frédéric II, dit le Grand, qui utilisa si bien cet outil .
Ainsi, à la fin du Siècle des Lumières, l’Etat Prussien est devenu un modèle d’efficacité civile et militaire , doté d’une banque centrale et d’une administration qui, pour être lourde n’en reste pas moins l’une des plus efficiente d’Europe .
Vous, Frédéric-Guillaume II, êtes un souverain jeune (1797) . Petit-neveu du Grand Frédéric, votre jeunesse fut bercée par les exploits et acquis des glorieux prédécesseurs dont l’ombre plane encore au dessus de Potsdam .
LES AFFAIRES EXTERIEURES :
Au début du nouveau siècle, votre royaume se présente agrandi d’une partie de la Pologne et peuplé de 8 700 000 habitants .Vous êtes secondé par un homme dévoué le Prince Von Haugwitz, partisan d’une habile politique de bascule entre les différents Etats Européens et désireux, sous votre égide de faire de la Prusse une zone de contacts entre l’Est et l’Ouest . Haugwitz, qui jusqu’à maintenant a toute votre confiance est assez partisan de temporiser et de composer avec la France . Après l’échec de la coalition de 1792, un rapprochement a déjà eu lieu dans ce sens . Depuis le traité de Bâle (1795), la Prusse goûte aux avantages d’une neutralité qui se teinte d’un parfum d’arbitrage Européen .
Bien sur, voir la France sur le Rhin puis en Hanovre vous paraît dangereux . Dans l’absolu, vous pourriez peut être tolérer une présence réduite contre une ouverture (ou mieux une promesse de cession) des embouchures de l’Elbe et de la Weser . Ce qui vous permettrait de consolider l’influence de la Prusse en Allemagne, face à l’Autriche des Habsbourg .
L’Allemagne ! Ou plutôt les Allemagnes ! Une mosaïque d’Etats microscopiques et de principautés naines au sein desquelles la Saxe, la Bavière, le Wurtemberg et le duché de Bade font figure de géants ! Un bien curieux attelage aux multiples coursiers où des rois (Saxe) et des Ducs voisinent avec des princes laïcs aux titres les plus divers, des évêques et archevêques aux sièges prestigieux par l’histoire et la richesse (Ratisbonne, Mayence, Cologne…) et des villes libres par dizaines, fières de leurs institutions, de leurs monuments et de leur bourgeoisie patricienne .
Des provinces entières soumises à un noyau Germanique, semblent y attendre un événement ou, pour être plus précis l’avènement d’un dirigeant charismatique, qui ferait sauter les verrous féodaux favorisant une aristocratie qui plane au-dessus d’un monde resté rural pour la plus grande partie . Une Allemagne sensible aux sirènes des nouvelles idées et de la nouvelle influence Française .
Selon Haugwitz, la France et la Prusse pourraient beaucoup ensemble, tandis que seule, barrée à l’Ouest et laissée à elle même, la Prusse, attirée par une sorte de pesanteur historique et géographique irait, immanquablement, vers l’Est .
Mais la France est elle prête à un tel partage, aussi bien territorial que d’influence, de l’Allemagne, plutôt qu’à une alliance où elle se voudrait dominatrice ? Votre sympathie allait, jusqu’à maintenant, plutôt vers cette France héritière de la Révolution et, épousant en cela les idées de Haugwitz, vous voudriez bien rester neutre et tirer le plus d’avantages possibles de cette situation !
Fils du roi Frédéric Guillaume II et de la reine Frédérica de Hesse-Darmastadt, vous n’aviez, jusqu’alors, guère plus de goût que votre père pour la chose militaire . Mais vous êtes conscient que rester neutre au milieu de cette Europe en ébullition sera quasiment impossible ! Et ce d’autant plus que paraître hésitant (comme semblent vous considérer nombre de courtisans des partis féodaux et militaire), semble mal venu en cette période de guerres et de premiers mouvements démocratiques et nationalistes en Europe centrale et orientale .
Le reste de votre entourage, mené par votre flamboyante épouse la belle reine Louise, est de son côté loin d’être unanime et appuyé par Von Hardenberg, persiste à penser que la Prusse, première nation d’Europe par la valeur, n’a pas à s’abaisser à transiger avec l’héritier de la Révolution Française ! Aussi, le clan qui s’agite dans les salons de la reine n’attend il qu’une occasion de mettre en exergue ce qu’il prétend être les velléités d’hégémonie de Bonaparte et la dangereuse propagation des idées Jacobines …
LES AFFAIRES INTERIEURES :
A l’intérieur, et malgré les efforts de la banque nationale Prussienne, les finances de votre petit royaume ne sont pas au mieux et montre un niveau d’endettement assez important (45 millions de Thalers) . Le financement de votre énorme (par rapport à la taille du pays) machine de guerre et de votre administration imposante fait peser sur l’Etat de très lourdes charges . Aussi, cherchez vous à accroître vos revenus par une augmentation des impôts et une mobilisation de votre patrimoine . Cependant, aucune tentative sérieuse de réforme de la fiscalité n’a eu lieu, le gouvernement agissant au coup par coup, par l’introduction temporaire de nouvelles taxes . Ce qui aigrit notablement le climat social .
Il faut dire que les problèmes de réformes et la question financière sont intimement liés . Toutes les améliorations apportés dans le domaine administratif ayant eu leur contrepartie fiscale . Par exemple, à chaque fois que l’on voulut toucher à l’administration des villes, aux justices patrimoniales ou aux monopoles économiques se posa la question des indemnités à verser à ceux que l’on dépossédait de leurs charges .
C’est encore la question financière qui fut, en partie, avancé pour ne pas mettre en place, ne serait-ce que le projet d’une représentation nationale , le coût d’une telle assemblée étant jugé beaucoup trop élevé pour les caisses publiques . Pourtant, tous les réformateurs (appelés aussi les " modernes ", Von Haugwitz en tête) sont tous d’accord pour que l’impôt soit consenti par une représentation nationale dont reste à définir les modalités . Cela supposerait l’établissement de règles constitutionnelles . Mais si un certain nombre de ceux qui vous réclament ces réformes appartiennent aux couches dirigeantes traditionnelles (la noblesse et la haute bureaucratie), force est de constater que la majorité de ses classes dominantes (les " Féodaux, menés par Von Wittgenstein et les Militaires – essentiellement les Junkers- dont la figure de proue est le commandant en chef de l'armée l’orgueilleux et prestigieux duc de Brunswick ) attendent surtout d’un système représentatif qu’il s’oppose à toute législation remettant en cause les privilèges et l’inégalité des droits .
Car la majorité des charges de l’Etat pèse sur les plus pauvres en premier lieu ; les paysans qui représentent plus de 75 % de la population . Les impôts qu’ils supportent s’ajoutant aux innombrables redevances et charges seigneuriales et féodales . La situation est quand même meilleure dans les villes, plus riches et profitant des débouchés à l’exportation des industries rurales (comme le lin) ou citadines . Les Gutsbesitzer, ces grands propriétaires terriens de l’Est de l’Elbe sont, quant à eux, en mesure d’exporter, assez aisément leurs céréales et leur bois vers l’Angleterre .
Sur le plan des courants d’idées deux conceptions opposées s’affrontent ! D’un côté les réactionnaires, Féodaux et Militaires soucieux de garder leurs privilèges (ainsi la majorité de l’administration est elle réservé à la noblesse et l’armée, grande gloire de l’Etat, ne compte que 22 officiers roturiers sur 689 !…) et de l’autre les réformateurs, puisant essentiellement leurs idées dans les idéaux issus de la Révolution Française . Toutefois, ces derniers se subdivisent en 2 grandes tendances, les nationalistes Allemands (une notion encore assez diffuse pourtant) faisant pendant aux pro-Français . Ceux-ci , qui représentent en 1802 la majorité des réformateurs voient dans la Révolution Française le fruit de la philosophie des Lumières . Ils insistent sur la nécessité de réformer la société Prussienne en faisant disparaître les privilèges de la noblesse, accrochée à sa gloire militaire passée mais responsable, selon eux, du retard économique en raison de son attachement au régime seigneurial et au système corporatif (qui diligente les villes) et trop attachée à l’alliance Anglaise parce que les îles Britanniques constituent le principal débouché pour les grains produits dans les immenses domaines .
Quelques voies (dont celle de l’écrivain Fichte) parlent, pourtant de nationalisme et tout en saluant l’égalité devant la loi, l’accessibilité aux fonctions publiques et la surpression des entraves de toutes sortes dénonce tout de même le modèle Bonapartiste comme un nouveau type d’oppression . Mais ces appels ne rencontrent à ce jour guère d’échos et le courant nationalisme reste tout juste une idée…
L’ARMEE, ORGEUIL DE L’ETAT :
On ne saurait évoquer le royaume de Prusse sans évoquer son armée . Orgueil de la nation, elle représente non seulement un motif de fierté, mais aussi un véritable courant politique, ce qui n’étonne personne dans l’Etat militaire qu’est la Prusse façonnée par le Roi sergent et ciselée par son fils ; Frédéric II .
Sa toute puissance fait qu’elle est détesté par les autres catégories sociales (car il faut bien considérer que l’armée Prussienne est une classe sociale à part entière !…) . L’esprit de caste y est excessivement fort et les accès aux grades d’officiers strictement contingentés . La discipline y est terrible, les soldats devant êtres de véritables mécaniques . Jalouse de sa gloire et sure de son fait, bien que les hordes Révolutionnaires Françaises l’ai quelque peu tenue en échec à Valmy puis sur le Rhin, l’armée Prussienne est consciente de sa valeur et de sa doctrine et ne veut surtout pas entendre parler des réformes (démocratisation des accès, abolition des châtiments corporels, abandon de l’ordre oblique et de la lenteur mécanique des évolutions pour une rapidité et une souplesse d’action calquée sur le modèle Français) prôner par quelques rares officiers comme Von Mollendorf (le N°3 de l’armée derrière Brunswick et Hohenlohe) ou Von Bostell, sans même parler des " amateurs " (comme ont les considèrent) que sont Scharnorst, Gneisenau ou Clausewitz …
LE GOUVERNEMENT :
Représentatif de la hiérarchie sociale du royaume, le gouvernement est essentiellement conservateur, avec une forte implication des militaires . Seul réformateur présent, le comte Von Haugwitz a, cependant une grande influence dans la mesure où, garant des relations extérieures, il maintien la Prusse dans un confortable statut de neutralité voir d’arbitrage Européen et fait pendant aux sentiments bellicistes et réactionnaires qui dominent les autres membres éminents du gouvernement .