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RUSSIE
La Sainte Russie ! Où plutôt les Russies ! !…. Vous, Alexandre Ier, le Tsar, êtes à la tête du plus vaste empire de l’époque depuis à peine plus d’un an . Depuis cette terrible nuit du 23 au 24 mars 1801, où (avec votre accord plus ou moins tacite !…) des conjurés menés par le comte Pahlen, les frères Zoubov et le général Bennigsen ont étranglé votre père Paul Ier .
Paul Ier, " Le Tsar fou " comme l’on dira facilement ensuite ! Peut être afin de justifier cette atrocité …
Il faut dire que la " folie " de votre géniteur était peut-être, tout simplement, de vouloir dominer la grande noblesse et son pouvoir exorbitant et de préférer le partage de l’influence Européenne avec la France de Napoléon (porteuse de nouvelles idées assez dérangeantes) plutôt qu’avec la riche Angleterre . L’Angleterre qui est la source des innombrables produits de luxe dont l’aristocratie Russe est extrêmement friande et le principal débouché commercial pour l’exportation des bois et céréales de leurs domaines …
Mais plutôt qu’à ce drame du palais Michel de St Petersbourg, vous préférez songer alors à votre glorieuse grand-mère, Catherine II . La Grande Catherine ! Tsarine omnipotente et respectée, dont vous étiez le petit-fils favori, et qui mena la Russie au sommet des puissances Européennes .
L’HERITAGE DE CATHERINE II :
Quand Catherine II meurt le 6 novembre 1796, laissant le trône à son fils Paul Ier, l’Empire Russe couvre un peu moins d’un sixième de la superficie terrestre . D’après le dernier recensement, il compterait près de 40 millions d’âmes, dont plus de 90 % de paysans . Paysannerie composée pour moitié de serfs appartenant à des nobles ou grands propriétaires et de paysans d’Etat qui jouissent d’un peu plus d’autonomie dans leurs villages . Le long règne de la Tsarine (1762-1796) fut marqué par une série d’événements et de mesures politiques qui ont défini le cadre institutionnel, social et culturel de l’Empire .
Tout d’abord , l’expansionnisme . Continuant dans les traces de ses prédécesseurs, Catherine s’est tournée à la fois au Sud, à l’Ouest et au Nord :
Bien que de bien moindre importance, nous n’aurons garde d’oublier l’exploration et l’expansion réalisée en direction du Pacifique, de l’Alaska et de la côte Ouest de l’Amérique du Nord .
Ces conquêtes ont exigé un grand effort militaire et financier . L’armée Russe est non seulement la plus nombreuse d’Europe mais elle est, aussi, bien armée, commandée (Souvorov et Roumiantsev entre autres) et est tout à fait à la hauteur de l’art militaire de l’Ancien Régime . En revanche, le recrutement pèse fortement sur la population rurale (avec un service de 25 ans…) et l’effort financier grève lourdement le budget de l’Etat, forçant le gouvernement de Catherine II à émettre des assignats et à emprunter à l’étranger .
A l’intérieur, l’Impératrice a poursuivi la tâche commencée par Pierre le Grand : établir en Russie un état calqué sur le modèle " européen " . C’est à dire, par l’intermédiaire d’une police et d’une administration puissante, arriver à guider et contrôler la société afin d’en augmenter la productivité matérielle autant que culturelle .
Par contre, à l’opposé du premier Tsar, Catherine a encouragé la participation des élites de la société et décentralisé l’administration et l’autorité des institutions en réorganisant l’administration provinciale . Les gouverneurs de provinces sont nommés par le souverain et responsable devant lui et le sénat . De plus, ils sont appuyés par une administration et des conseillers en rapport direct avec St Petersbourg . En outre, des représentants élus (de la noblesse en secteur rural et de l’élite urbaine dans les municipalités) sont chargés de fonctions de police locale et du maintien des institutions de service social . Même si tout cela peut rester, par endroits, encore très théorique, une société civile se forme ainsi aussi en province .
Sur le plan social, le règne de la Czarine a été marqué par l’assujettissement de la noblesse au service de l’Etat et aussi par la transformation de son mode de vie à un modèle " européen " . La noblesse Russe se définie dorénavant comme appartenant à la civilisation Européenne . C’est à dire aux cultures Allemande et Française essentiellement, mais bientôt aussi Anglaise . Les premières valeurs nationales et culturelles commencent également à apparaîtrent .
Par contre, le règne de Catherine fut marqué aussi par l’asservissement complet de la paysannerie . La détérioration du statut social du paysannat à non seulement produit des effets socio-psychologiques et moraux déplorables aussi bien pour les serfs que pour leurs maîtres, mais aussi donné naissance à un système agraire d’une rigidité telle que toute innovation et modernisation reste hors de question .
A l’opposé et suivant en cela les efforts de Pierre le Grand, le développement des manufactures et du commerce a porté ses fruits ; la Russie est l’un des premiers exportateurs de fonte et d’acier, elle fournit également l’Europe en produits forestiers et en chanvre . Toutefois, les difficultés de transport et le manque de capitaux cantonnent le commerce intérieur à un niveau local assez modeste . L’exportation est, essentiellement, assurée par des marchands et armateurs étrangers, anglais notamment .
Tout l’éclat de la majorité du règne de Catherine semble avoir été un peu terni, en matière intellectuelle et culturelle . Sa politique libérale et motivante ayant fait place à une censure rigide et à certaines persécutions .
PAUL Ier LE TSAR FOU :
Avec le court règne de votre père Paul Ier, la situation s’est plutôt détériorée . Plutôt que ses conséquences politiques et matérielles, c’est son effet sur les élites qui semble avoir été le plus marquant ! Déterminé à défaire la plupart des mesures de sa mère, Paul Ier à réintroduit rigueur, discipline et centralisation . Parallèlement, le Tsar apparaît sensible à certaines idées issues de la Révolution Française, tout en s’évertuant à’isoler la Russie de toute influence étrangère en général, et Française en particulier . Paradoxal jusqu’au bout, l’Empereur tente d’améliorer le sort des paysans et se heurte de plein fouet à la noblesse qui, en pratique, annule les effets de ces mesures …
Ennemi de la décentralisation, Paul Ier restreint le rôle des gouverneurs et des fonctionnaires élus locaux . En sus de la centralisation, il réintroduit le militarisme dans l’appareil administratif .
En revanche (et suivant en cela sa mère !) le Tsar est tolérant envers l’Eglise catholique (il se déclarera même protecteur puis grand maître de l’ordre de St Jean de Jérusalem !) .
Partisan au début de son règne d’une politique d’hostilité envers la France Révolutionnaire (il s’alliera solidement à l’Autriche et à l’Angleterre et enverra une armée avec Souvorov en Italie ainsi qu’une flotte en mer du Nord), il abandonnera la coalition en 1799 (dégoûté par les défaites, dira-t-on) et se rapprochera de Bonaparte . Suite au refus des Anglais d’abandonner Malte, il conclura même une alliance avec le premier Consul et lancera 20 000 cosaques à la conquête des Indes Britanniques .
Sa conduite arbitraire et capricieuse, sa manie d’enrégimenter la monarchie et ses conflits avec sa noblesse le rendent insupportable ! Un complot se forme qui aboutit à l’assassinat de mars 1801.
VOTRE AVENEMENT :
Votre accession au trône est accueillie avec joie par les élites (surtout dans la capitale) et ce d’autant plus que votre premier manifeste promettait une politique fidèle à celle de votre glorieuse grand-mère . Immédiatement vous vous êtes désengagé de l’alliance Française et avez fait la paix avec l’Angleterre .
Couronné le 27 septembre 1801, vous avez été bien accueilli par les Russes . Vous avez pris des ukases et engagé des réformes dans un sens libéral : à l'intérieur, réintégration des officiers et fonctionnaires évincés et amnistie des déportés politiques, réduction des pouvoirs extraordinaires de la police (mars), rétablissement de la noblesse dans ses droits et engagement à ne pas augmenter les impôts (avril). Ouverture également avec l'étranger : exportation de marchandises autorisée (mars) et liberté d'importation des livres, réouverture des frontières pour les voyageurs (avril).
Votre noblesse attend maintenant que vous l’associez à une politique libérale et à des réformes constitutionnelles . Et depuis plus d’un an , la cour est en ébullition …
LA RUSSIE EN 1800 :
La cour ! Partagée entre les " vieux Russes ", souvenirs vivants du règne de Catherine et les Etrangers, Allemands et, surtout, émigrés Français . Ceux-ci amenant une agréable touche de légèreté à la lourdeur de ceux-la !… Vous n’avez pas hésité à leur confier des postes importants . Richelieu par exemple, gouverneur de la Crimée . Ceux que nous appellerons les " Féodaux ", représentent une forte majorité de la noblesse prête à tout pour garder ses multiples privilèges . Ce sont eux qui, aiguillonnés par le parti Anglais, ont poussé à l’assassinat de Paul Ier, devenu un Tsar par trop gênant !
D’un autre côté, les pro-Français et les réformateurs, peut être trop en avance pour la Russie, prônent des réformes qui pourrait faire de vous le monarque " éclairé " que vous pourriez souhaiter être…
Mais toutes ces intrigues concernent la cour . Dans le pays, les moujiks maintenus dans un servage sans espoir entretiennent des princes, comtes et grand ducs dont les domaines sont à l’immense échelle du reste du pays . Les infrastructures sont inexistantes et le réseau routier réduit à sa plus simple expression . De fait, l’impôt sur le revenu est extrêmement faible et les ressources du gouvernement dramatiquement faibles au regard de l’immensité de l’empire .
LA POLITIQUE INTERIEURE :
Car si le parti prépondérant à St Petersbourg en ce moment vous pousse à une politique étrangère ambitieuse, il ne faut pas perdre de vue l’état intérieur de la Russie . Et là est votre grand dilemme ! Car votre cœur vous pousse à écouter les sirènes de certains de vos conseillers ; le prince Adam Czartoryski, l’élégant Polonais soucieux de votre fortune, comme de celle de la Pologne, le comte Paul Stroganof capable d’être aussi bon juriste que soldat ou encore d’autres membres de votre " comité officieux " de conseillers ; le prudent et sagace Nicolas Novosiltsov et le fidèle et efficace Victor Kotchoubey . Tous sont membres de ce " Conseil des amis ", sur lequel vous comptez pour vous aider à accomplir votre œuvre .Votre conseil . Vos favoris . A ces jeunes nobles de votre âge vous lie une véritable affection toute fraternelle . Ce sont eux vos plus surs appuis et vos conseils les plus désintéressés .
Face à ce " Comité des amis ", se dresse un conseil beaucoup plus conservateur et composé du général Ouvarov, du Prince Volkonski, du comte Komarovski et du " favori des favoris " l’éclatant Dolgorouki (votre ami le plus proche, même si sa présence au sein de ces " vieux Russes " semble dénoter un peu) . Conseil qui vous permet de garder le contact avec la haute noblesse .
Certains de leurs conseils vous portent donc à défendre la dignité de la Russie et des Russes face à la " menace " que représente Bonaparte pour l’équilibre de l’Europe et à tenir le rôle majeur que la Russie (bien trop maltraitée par les plans pacificateurs et le règlement des litiges séparant France et Angleterre) est appelé à occuper . Et, avide de jouer un rôle, à la manière de la Grande Catherine, vous vous voulez tel l’arbitre Européen . Mais si tous vous pousse à être à la fois LE médiateur et le garant de l’équilibre européen, d’autres vous pressent de songer à l’Empire !
Car il faut aussi songer à rénover le " bâtiment délabré " ! Eliminer les tares traditionnelles du système administratif, c’est à dire l’absence de contrôle, de coordination et de responsabilité de la part des institutions et de leur personnel . Il faut clarifier la chaîne de commandement administratif qui régit le pays mais surtout empêcher la participation au gouvernement de la société civile ni même favoriser l’expression des opinions . Mais à ces avis de votre " comité informel " s’inspirant de l’exemple bureaucratique Prussien mais aussi de celui du Consulat Français, s’oppose les souhaits des élites de la société . C’est à dire un désir de réforme " constitutionnelle " impliquant l’introduction de la pratique politique de l’Angleterre du XVIIIe . Ainsi le terme " libéral " prend plusieurs sens suivant les tendances…
Au milieu de celles-ci, Mikhaïl Speranski, votre premier ministre, résolument libéral et réformateur mais qui ne peut guère compter que sur votre appui….
Le 17 juin 1801, vous avez demandé aux deux comités que vous présidez d’étudier la restauration du Sénat dans ses prérogatives et attributions premières telles qu ‘édictées par Pierre le Grand, ainsi que la réforme des institutions de l’Etat . Les " amis " veulent une constitution à l’anglaise ou à la Suédoise, tandis que les sénateurs et les conservateurs désirent concentrer entre leurs mains une partie du pouvoir . Cependant, les deux tendances se rejoignent en disant que a Russie n’est pas mûre pour des réformes libérales .
Si l’on revient sur les propositions du " Comité des amis ", le législatif resterait à l’Empereur assisté d’un Conseil des ministres (à créer) . Le Sénat contrôlerait l’administration et la justice . De l’autre côté, les sénateurs et le " Comité conservateurs " souhaitent avoir le contrôle et la direction de toute l’administration, avec pouvoir sur les ministres et droit de remontrance au Tsar au sujet des lois .
Depuis bientôt un an, la situation n’a guère avancée et reste sensible pour la stabilité politique de l’Etat .
LES AFFAIRES EXTERIEURES :
La Russie, séparée du reste de l’Europe par les pays de la Vistule est donc toute féodale, livrée, aux champs et à la ville, à l’arbitraire des nobles et, à la cour, à celui du souverain . Souverain dont les pouvoirs ne sont tempérés que par l’assassinat ou le coup d’Etat ! !
Curieux pouvoirs dont le chef et ses séides sont les piliers de la religion chrétienne orthodoxe, dont la culture de l’esprit est toute française et dont les mœurs sont absolument cyniques . Cet état, gonflé de conquêtes au temps de Catherine II, a pour lui sa volonté d’expansion du côté de la mer Noire et de la Méditerranée . Il a aussi des curiosités du côté de l’Occident atlantique où, jusqu’à maintenant, vos troupes ont appris à leurs dépens la géographie des Alpes . La Russie communique aussi avec les Iles Britanniques et les pays scandinaves par la Baltique et l’Atlantique nord, grâce aux compagnies de marchands anglais qui y puisent fourrures, goudron et pièces de bois pour la marine de sa Majesté .
La Russie est semblable à un jeune colosse qui commence à s’éveiller et lorgne à la fois avec inquiétude et convoitise sur ses voisins . Mais les pieds de ce colosse ne sont ils pas d’argile ! ! ? ?…
LE GOUVERNEMENT :
Votre gouvernement est à l’image du paysage politique de l’Empire . Très hétérogène et partagé d’un côté entre les réformateurs et les pro-Français et, de l’autre les anti-Français et Féodaux de l’autre . Spectateurs et, parfois, arbitres, vos partisans inconditionnels qui sont vos soutiens principaux au sein même de votre exécutif .
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